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Brèves

FORUM DE LA DP

La Direction Pédagogique propose un forum intitulé "Gestion de la diversité à l'école". Il se tiendra le 15 février 2012. Soyez attentifs à l'information diffusée en fin d'année dans vos établissements.

AURAMA

Décision, option ou choix. Que faisons-nous du sentiment de liberté attaché si subtilement à ces termes?  Tel est est le thème qui sera exploré lors des séminaires d'hiver d'AURAMA. Rendez-vous à Lausanne, les 4 et 5 novembre 2011 pour "Marges de manoeuvre", les 20 et 21 janvier 2012 pour "Paradoxes des décisions" et les 9 et 10 mars 2012  pour "Creux du choix". Programme et Information complète ici.

prise de position

Consécutive au forum du 11 novembre 2009, une prise de position  "Pour une Direction Pédagogique renforcée, capable d’apporter une réelle expertise et  d’assurer une visibilité cantonale cohérente en lien avec les réalités du terrain dans la mise en œuvre des lignes directrices du Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture, pour l’accueil et l’intégration des élèves allophones. " a été envoyée à Mme Lyon, cheffe du DFJC. Lire ici le texte complet.

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Accueil Lectures Points de vue Témoignage en Haïti (2)
Témoignage en Haïti (2) PDF Imprimer E-mail

 Depuis mardi, nous comptons nos morts
Par Evelyne Trouillot 

« Je vous envoie ce texte car je ne sais si je pourrai demain car notre système d'Internet est à son dernier souffle.» C'est avec ces quelques mots que la romancière haïtienne Evelyne Trouillot nous adresse les lignes qui suivent, ce mardi 19 janvier, soit exactement une semaine après le séisme qui a secoué son île.

Martine X si vous êtes en vie, appelez votre père au numéro suivant... il est très inquiet.

Jonel Y ... vos frères et sœurs aimeraient avoir de vos nouvelles. Si vous êtes en vie.... appelez-les...

Si vous êtes en vie...

C'est le leitmotiv qui remplit non seulement les émissions radiophoniques mais l'esprit et les cœurs. Une interrogation qui flotte dans l'air à l'évocation d'un ami, d'un collègue, d'une connaissance, d'un ancien condisciple de classe. Une interrogation qui fait qu'on hésite à poser clairement la question parfois, comme si l'ignorance protégerait de l'horreur d'avoir à compter une mort de plus.

Depuis mardi, la vie ici se définit d'abord par la non confirmation de la mort de soi-même, des êtres chers, des parents et amis. Depuis mardi, la vie a changé du tout au tout. Elle se mesure par la joie de retirer quelqu'un des décombres, par le désespoir à l'approche de la nuit sans aucune nouvelle d'un proche disparu, par la jubilation intense à la vue d'un ami au hasard d'une rue. Un ami qui a survécu, un ami vivant.

 



 

Depuis mardi, les efforts nationaux et internationaux se multiplient. Des survivants sortent des décombres, des hôpitaux et centres de santé sont ouverts. De nouvelles secousses bien moindres se font encore sentir mais provoquent beaucoup moins de panique. La population semble beaucoup plus intéressée à survivre, à trouver nourriture, eau potable. Les chants religieux eux-mêmes se font plus rares comme si l'énergie de tous se concentrait sur le tissage de réseaux de survie.

Depuis mardi, nous comptons nos morts. Des morts anonymes, des noms connus qui soulèvent un sursaut collectif, des chiffres qui font frémir. Une femme a perdu dix-sept membres de sa famille, un homme a vu sa femme et ses trois enfants périr sous les décombres et s'est donné la mort. Depuis mardi, l'horreur a pris des visages jusque-là inconnus. Des enfants tressautent au moindre bruit d'une porte qui claque ou d'un poids lourd qui passe. Des adolescents ont fait connaissance avec la mort, ayant appris brutalement qu'elle peut d'un coup surgir et ravager des êtres chers.

Les yeux fixés sur les étoiles de ce ciel qui demeure pour moi le plus beau au monde, il me vient inconsciemment des images, des phrases, des bribes de réflexion sur les êtres et les choses, sur la place de la littérature dans un monde où une telle catastrophe peut en moins d'une minute détruire des dizaines de milliers de vies et laisser un pays béant. Un trou ouvert, un espace dénudé mais c'est dans cette béance que nous retrouvons les parts importantes de nous-mêmes en tant que société. Après la stupeur des premiers moments, l'instant d'immense désolation qui déclencha les plaintes, provoqua la démence et la peur, l'humour reprit le dessus. Un humour souvent salvateur, porteur de courage et de dérision vis-à-vis du malheur. Le courage de regarder la mort et de continuer avec dans les yeux une tristesse incommensurable mais une détermination qui s'installe sous la plante des pieds pour en soulever un, puis l'autre, et initier la marche. Cette même détermination qui prend racine au coin des lèvres, les pince et les repince, les plie et les étire en un sourire qui en appelle un autre.

J'entends l'humanité survivre dans les voix autour de moi, railleuses envers le malheur, envers soi-même, comme pour dire à quoi ça sert de pleurer, tu es vivant, oui ou non ?  Des voix pleines de compassion pour soulager un autre et l'aider à porter sa peine. Des voix qui protestent et réclament plus de justice, plus d'efficacité dans la distribution de l'aide. Des voix pleines de dignité qui disent que la vie ne peut être accueillie à genoux, mais debout, toujours debout, il faut vite se relever et lui faire face.

Nous n'avons jamais eu un autre choix.

C'est ce qui me vient en tête alors que je suis couchée sur mon lit de fortune, une nuit de plus à attendre que la terre se calme. Couchée à contempler les étoiles de ce ciel qui me fait signe jusqu'aux tripes lorsque je suis trop longtemps absente, je me rends compte que ce que nous écrivons en fin de compte est en deçà de la vie, et que c'est l'éternel défi de l'écrivain que d'arriver à faire sentir ne serait qu'un infime souffle de l'humanité dans son immense vitalité.

Si tu es en vie, prends ton courage à deux bras.

Le pays attend, il n'ira nulle part. Le ciel est bien trop beau.

Évelyne Trouillot
Delmas, Haïti

Née à Port-au-Prince, Évelyne Trouillot a vécu aux États-Unis avant de retourner au pays natal en 1987, où elle est à la fois enseignante, éditrice et écrivain. Elle est auteur de nouvelles ("La chambre interdite"), de pièces de théâtre ("Le Bleu de l'île"), de recueils de poésie ("Sans parapluie de retour"), de nombreux livres pour la jeunesse et de romans ("Rosalie l'infâme", "Le mirador aux étoiles").